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Les FPS veulent attirer l’attention sur la surmédicalisation des femmes

Pour les Femmes Prévoyantes Socialistes (FPS), la surmédicalisation des femmes est une réalité trop souvent ignorée. Elles plaident notamment pour une lecture genrée de la santé, un meilleur contrôle des firmes pharmaceutiques et une contraception partagée entre partenaires.



Au fil des siècles, la médecine a été généralement développée par et pour les hommes.  « Cela a encore aujourd’hui des incidences parfois dramatiques sur la santé des femmes. La surmédicalisation de ces dernières en est un exemple concret », explique Anissa D’Ortenzio, chargée d’études aux Femmes Prévoyantes Socialistes. Or, on sait que le gouvernement fédéral cherche à agir efficacement contre la consommation inappropriée de certains médicaments par les citoyens. 

« Dans ce contexte, il est nécessaire d’analyser le phénomène sous le prisme du genre car ce sont les femmes qui sont les plus touchées », ajoute-t-elle. « Quel que soit son parcours de vie, chaque femme peut être confrontée à une forme de surmédicalisation de son existence qui aura des conséquences négatives sur sa santé. La surmédicalisation de l’existence peut se définir comme un processus par lequel des problèmes non médicaux, principalement sociaux (troubles sexuels, timidité, stress…) ou certains aspects de l’existence (menstruations, ménopause…) sont définis et traités comme des problèmes médicaux, voire comme des maladies. Il s’agit de faire respecter des normes de société, sous peine d’être perçu·e comme défaillant·e, malade ». 

Pourquoi chez les femmes ? La vie des femmes est rythmée par différentes étapes physiologiques et symboliques, construites par la médecine et les représentations sociales et culturelles. D’après les FPS, il existe une pathologisation (définir un aspect de la vie comme une pathologie, une maladie) des étapes de la vie des femmes. « Dans un système de santé généralement pensé par et pour les hommes, les corps des femmes sont en fait considérés comme un réservoir d’irrégularités et d’anomalies qui doivent être soignés par un traitement médicamenteux ». 

  • Compétition et performance

La compétition et la performance s’imposent dans nos sociétés. Le corps « usé », la faiblesse, le manque de contrôle de soi et l’exclusion du monde productif sont alors dévalorisés. L’impact du revenu socio-économique n’est pas non plus à négliger. Pour rester constamment productif, le recours aux psychotropes (calmants, somnifères, antidépresseurs…) demeure un moyen de rester dans la course, particulièrement pour les personnes dont le revenu est faible. Au vu de leur statut économique et familial, de nombreuses femmes ne peuvent se « permettre » un congé maladie. En conséquence, elles risquent de se tourner vers les médicaments pour rester actives dans la sphère professionnelle et familiale.

Les FPS pointent aussi la contraception et, par exemple, les usages détournés de l’objectif premier de la pilule via des traitements de l’acné ou de l’hirsutisme ou encore la surprescription de la pilule au détriment d’autres moyens contraceptifs.

Pour tenter de réduire cette surmédicalisation féminine, les Femmes Prévoyantes Socialistes plaident pour une lecture genrée de la santé en général. « Les politiques publiques et le secteur de la santé doivent mieux prendre en compte les femmes à tous les niveaux (essais cliniques, politiques sanitaires, traitements et diagnostics des maladies…) ». Elles demandent aussi « un meilleur contrôle des firmes pharmaceutiques qui emploient à la fois des stratégies de marketing auprès de la population et du lobbying intense auprès des organisations politiques et de la santé afin de générer de nombreux profits au détriment souvent de la sécurité sociale et des patient·e·s». 

Sans oublier le développement et l’accessibilité financière des alternatives (car elles sont souvent plus coûteuses que l’achat de médicaments) et une contraception partagée entre les partenaires.


Laurence Briquet - SudPresse - 09/10/2021