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Opération séduction pour la cigarette électronique

 

Même si ses effets sur le long terme sont encore inconnus, la cigarette électronique séduit de plus en plus de fumeurs qui souhaitent décrocher progressivement. Mais n’a-t-elle que des avantages ?




Le tabac est un problème de santé publique avec des chiffres qui posent question. Le tabac, ce sont en effet environ 6 millions de morts évitables chaque année, un décès toutes les 6 secondes et environ 70% des fumeurs qui souhaitent arrêter. A peine 2% d’entre eux réussissent sans aide tandis qu’avec une prise en charge, le taux de succès peut grimper à 15 fois ce chiffre.

 

Pour tenter d’arrêter le tabac,  certains ont recours à la cigarette électronique. Le premier brevet, jamais commercialisé, pour cette cigarette électronique remonte à 1965, alors que le dispositif dans sa forme actuelle, est sur le marché, avec des améliorations continuelles depuis 2005. Cette cigarette électronique a ses avantages et ses inconvénients. « Il n’y a pas de combustion de substances organiques donc pas de CO ou de goudron, les principales causes de mortalité cardiaque ou respiratoire », explique Pierre Bartsch, professeur honoraire de Pneumologie à l’ULiège, Président du CSIGT (Comité Scientifique Interuniversitaire de Gestion du Tabagisme). « Les autres substances toxiques sont beaucoup moins nombreuses et en moins grandes concentrations que dans la fumée du tabac. Le risque santé est beaucoup plus faible que pour le tabac. D’après les études observationnelles, c’est aussi une aide à l’arrêt du tabac ou du moins pour le réduire », ajoute-t-il.

 

Absence de contrôles

 

Tout n’est cependant pas rose avec la cigarette électronique. Il n’y a, par exemple, pas de contrôles de fabrication des e-cigarettes ni des composants de l’e-liquide.  Des normes non contraignantes ont été établies en France et Grande-Bretagne et sont à l’étude en Europe. Les « e-liquides » peuvent aussi se révéler toxiques s’ils sont trop chauffés. Pour ce qui est des effets sur le long terme (cancer, fonction pulmonaire…), ils ne sont malheureusement pas encore connus, le dispositif étant trop récent. Idem en ce qui concerne l’exposition à la vapeur passive pour les enfants ou les femmes enceintes, dont les risques semblent toutefois minimes. La cigarette électronique pourrait aussi avoir un rôle sur l’initiation au tabagisme, bien qu’aujourd’hui le tabagisme des jeunes continue à diminuer dans les pays développés. « De plus, les fumeurs semblent moins consulter les institutions spécialisées dans l’aide au tabac car le passage à l’e-cigarette se fait généralement spontanément, sans encadrement, alors que les moyens approuvés pour cesser de fumer nécessitent un support cognitivo–comportemental », précise encore le professeur Pierre Bartsch.

 

Rappelons que la nicotine crée la dépendance tandis que la fumée tue. S'il y a bien de la nicotine, le plus souvent, dans la cigarette électronique, celle-ci ne produit pas de fumée. « Depuis des décennies, on sait que la cause principale de la morbidité et de la mortalité liées au tabagisme est en rapport avec plus de 7.000 substances présentes dans la fumée et absentes du tabac avant combustion. La Suède, pays où une tradition ancienne de consommer du tabac oral (snus) est présente sutout chez les hommes, il y a un taux particulièrement bas de maladies liées au tabagisme malgré la présence dans la population d’un taux réduit mais non négligeable de fumeurs », note encore le professeur honoraire de Pneumologie.

 

Chute de l’industrie du tabac

 

Rappelons que la cigarette électronique ne délivre ni goudron ni CO. Du coup, ses défenseurs avancent des chiffres en sa faveur, bien que environ : 50% des anciens fumeurs continuent de vapoter après l’usage non encadré de l’e-cigarette tandis que des études ont montré de 31 à 79% d’arrêt complet du tabac. En outre, une étude menée aux Etats-Unis sur plus de 160.000 personnes dont 22.548 fumeurs a montré un arrêt du tabac chez 8,2% d’utilisateurs d’e-cigarette contre à peine 4,6% chez les non utilisateurs. Comme le mentionne le professeur Bartsch, « la Cochrane Review, connue pour l’extrême prudence de ses conclusions, explique qu’il est évident, après deux études, que les e-cig (avec nicotine) aident les fumeurs à arrêter de fumer pour une période prolongée, en comparaison avec des e-cig placebo ».

 

Du côté des chiffres, l’industrie du tabac a vu ses ventes chuter de 26% en 4 ans alors que le chiffre d’affaires de la cigarette électronique a atteint 3,5 milliards de dollars rien qu’en 2015 (2,5 un an plus tôt).

 

En ce qui concerne les jeunes, les détracteurs de l’e-cigarette estiment qu’elle incite les jeunes à fumer : aux Etats-Unis, on a constaté un doublement de l’utilisation d’e-cig auprès d’élèves non fumeurs du secondaire en un an de même qu’en France où 10% des élèves des lycées et collèges ont essayé l’e-cig en 2011 et 39% en 2013. Notons que « essayer » ne signifie pas être utilisateur régulier.

 

« Sur base scientifique, les e-cig aident à arrêter de fumer au moins autant que les patches de nicotine. Il n’y a pas d’effets nocifs à court terme. De plus, vapoter coûte moins cher que fumer », conclut le professeur Bartsch.

 

La cigarette électronique, comment ça marche ?

 

La cigarette électronique, qui permet ce qu’on appelle le « vapotage », est composée de plusieurs éléments. Il y a une batterie, rechargeable sur le courant ou via prise USB, qui alimente une résistance. Il y a également un microprocesseur qui régule la chaleur, un atomiseur où se fait l’évaporation du mélange, un réservoir qui contient (ou pas) de la nicotine dosée, un capteur qui détecte les aspirations du fumeur dans le filtre, une résistance qui chauffe le liquide qui se transforme en vapeur et, enfin, un embout par lequel l’usager aspire la fumée. La fabrication est principalement d’origine chinoise alors que les industries d’e-liquide sont généralement en Europe.



​Laurence BRIQUET - Sud Presse - 02/06/2018