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A la veille d'entrer à l'école

Tous les enfants ne sont pas préparés à entrer dans le monde scolaire. Géraldine Duck, animatrice petite-enfance pour Latitude Jeunes, en région liégeoise, fait le tour de la question.

Rentrée scolaire


Face à leurs responsabilités, les jeunes parents se sentent parfois isolés, voire totalement démunis. Comment expliquer pareille situation ? 

La parentalité a beaucoup changé au cours des dernières décennies. De nos jours, grâce aux divers moyens de contraception et aux PMA (procréations médicalement assistées), avoir un enfant est devenu un événement plus planifié, désiré… Il s’agit d’un projet de vie. La parentalité est donc souvent rêvée, fantasmée. Quand l’enfant vient au monde, les parents sont confrontés à une réalité parfois tout autre que celle qu'ils avaient imaginée et n'osent pas parler de leurs difficultés. Ils peuvent alors s'enfermer dans des sentiments difficiles tels que la culpabilité, la honte, la tristesse, la solitude... De plus, la société leur met beaucoup de pression quant à leur responsabilité à être de « bons parents ». Les scientifiques s'associent pour revendiquer des théories pouvant accentuer ces sentiments d'oppression et de culpabilité concernant le bien-être de l'enfant. Les nouvelles idées basées sur la psychologie positive et les neurosciences ont également fait naître une multitude de recettes et de clés pour faire de celui-ci un être heureux et épanoui, et il appartient aux parents de les utiliser à bon escient ou pas. Cela peut faire naître un grand sentiment culpabilité lorsque votre enfant rencontre difficultés éducatives. 

Ensuite, beaucoup de parents travaillent tous deux à temps plein et sont stressés, débordés, épuisés. Ils ont chacun plus de responsabilités qu'avant - professionnelle, conjugale, parentale... - et il leur est de plus en plus difficile de toutes les assumer. Il n'est pas étonnant qu'ils se sentent démunis et seuls face à un mode de vie rempli de tels paradoxes. D'autres, enfin, se sentent isolés. Certains ne voient pas de sens à se séparer de leur enfant pour aller travailler mais peuvent vite se retrouver seuls dans notre société, où beaucoup de parents travaillent à temps plein. L'aspect financier est un facteur supplémentaire expliquant l'isolement. Les places en crèche communale sont difficiles à obtenir et les crèches privées sont souvent hors de prix. De plus, les parents sans emploi ne voient pas pourquoi faire garder leur enfant si, eux, restent à la maison. Là aussi, un cercle vicieux peut alors vite s’installer, entraînant vers l’isolement. 

Les parents qui ont du mal à se séparer de leur enfant sont-ils conscients de la nécessité de le socialiser avant qu’il entre à l’école ? Quels conseils leur prodiguez-vous ? 

C’est une inquiétude qu’ils expriment souvent avant l’entrée de leur petit bout à l’école. Il ne faut pas projeter notre propre peur sur lui, pensant qu’il va souffrir de la séparation alors qu’en fait, il en a besoin et même envie. Certains parents utilisent nos accueils-vacances pour tester une première séparation. Nous organisons des stages lors de toutes les vacances scolaires pour les enfants de 2 ans et demi à 8 ans. Comme ils connaissent déjà le lieu et le personnel, ces parents ont moins de difficultés à confier leur enfant pour une première fois.  

D’une manière plus générale, quels sont les problèmes majeurs auxquels sont confrontés les parents d’enfants en bas âge ?

Premièrement, le sommeil de l’enfant ! Les premiers mois de vie (parfois les premières années, dans les cas les plus durs) sont toujours compliqués et éprouvants pour la famille. La plupart des parents sont à la recherche de solutions pour trouver le bon rythme. La quantité de fatigue endurée et amassée peut être monstrueuse. Ensuite viennent souvent les questions liées au travail. Les parents sont parfois tiraillés entre le désir de se développer professionnellement ou d’être un parent (sur)investi. Comment concilier vie professionnelle et privée ? Les parents, et plus particulièrement la maman, culpabilisent souvent à l’idée de se séparer de leur bébé. Il faut du temps pour réajuster son mode de vie et trouver un juste milieu. S’ajoute à cette difficulté la nécessité de prendre du temps pour soi, ainsi que pour son couple. 

Par Philippe Fievet - Paris Match en collaboration avec les mutualités Solidaris - Parution 31/08/2017.