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​Les médicaments : quand la pub nous fait croire n’importe quoi

On consomme trop de médicaments et en particulier ceux vendus sans prescription. Or, les publicités participent à cette tendance à la surconsommation. Solidaris a lancé, il y a plusieurs mois,  une campagne sur les réseaux sociaux qui vise à aider les citoyens à décoder les stratégies des publicités pour les médicaments ainsi qu’une pétition qui vise à interdire ces publicités.


Pour la mutualité Solidaris, la publicité pour les médicaments devrait être interdite. Elle incite au recours systématique aux médicaments et en banalise la consommation alors qu’ils ne sont pas nécessairement la meilleure solution, qu’ils doivent être pris uniquement quand c’est nécessaire, qu’ils présentent tous des risques d’effets secondaires potentiels et qu’ils ne peuvent être vendus qu’en pharmacie.

« Cela fait 3 ans que nous avons choisi de travailler pour une consommation raisonnée des médicaments avec une campagne intitulée « Dosez-moi ça », pour dire aux gens de prendre des médicaments seulement quand il faut et toujours comme il faut » explique Pierre Baldewyns, directeur du service de promotion de la santé chez Solidaris. « On a envie d’améliorer le recours aux médicaments et nos travaux portent sur la manière de faire en sorte que les gens les prennent mieux », ajoute-t-il.

Exposition quotidienne

C’est donc en toute logique que Solidaris a décidé de lancer, il y a quelques mois, une pétition pour l’interdiction de la publicité pour les médicaments. Le point de départ ? Les consommateurs sont quotidiennement exposés à des messages publicitaires vantant les vertus de médicaments en vente libre. Ces publicités ont pour objectif de vendre ces produits. La mutualité estime qu’ils ne sont pas des produits de consommation comme les autres et plaide pour un renforcement de la réglementation pour mieux protéger les intérêts des patients, une application beaucoup plus stricte de cette réglementation et une interdiction, à terme, de toute publicité à destination du grand public pour les produits médicamenteux, quel que soit le média employé. 

Sans oublier une prise de position ferme et volontariste auprès des instances européennes afin que cette interdiction soit valable pour toute l’Union européenne. En plus de la pétition, le service Promotion de la Santé de Solidaris a créé différentes capsules vidéo (lire par ailleurs) afin de sensibiliser le grand public et lui donner des clés pour décoder les stratégies des firmes pharmaceutiques. Par ces actions, la mutualité vise à sensibiliser tant les décideurs politiques que le grand public à cette problématique importante pour la santé des citoyens.

Rappelons que la réglementation européenne et la loi belge autorisent les firmes pharmaceutiques à diffuser ce type de publicité pour tous les médicaments non soumis à prescription. Et comme les balises ne sont pas suffisamment précises dans la réglementation, les messages sur les effets des médicaments sont souvent peu nuancés et facilement trompeurs. Ils taisent également la plupart des effets secondaires.

Laurence BRIQUET - Sud Presse - 13/07/2019

A noter : toutes les informations sur cette campagne sont disponibles sur le site Solidaris.

 

Les comprimés « Instant », pas si « Instant » que ça…

Avez-vous déjà vu passer des publicités pour des médicaments contre la diarrhée ou contre la douleur annoncés comme étant « Instant ». Dans votre esprit, qu’est-ce que cela évoque ? Probablement que le comprimé va faire passer immédiatement, en un instant, vos maux et douleurs. Or, il n’en est rien. « Instant » veut dire qu’il fond instantanément dans la bouche. Ce fait a été dénoncé par Solidaris dans une vidéo diffusée sur Facebook (visible sur YouTube et Viméo), en juin 2018. Quelques jours plus tard, la mutualité socialiste s’est vu attaquée en justice dans le cadre d’une procédure en cessation. L’action était menée par l’association belge qui regroupe les entreprises de l’industrie de médicaments non soumis à prescriptions (Bachi). En novembre de la même année, la chambre des actions en cessation du tribunal des entreprises de Bruxelles obligeait Solidaris à stopper définitivement sa campagne. En juin de cette année, la cour d’appel de Bruxelles a finalement estimé, en appel de cette décision, que « la demande originaire est non fondée » et a condamné Bachi à indemniser la mutualité de tous les frais de procédure.

« Cette affaire prouve que Solidaris a touché un point sensible de la stratégie marketing des firmes pharmaceutiques qui utilise évidemment la publicité pour accroître leur chiffre d'affaire et non pour rencontrer les besoins des patients. C’est d’ailleurs très exactement l’objectif de toutes les publicités ! Comme on le répète à la fin des 8 capsules : « Même pour les médicaments, la pub c’est pour vendre ». L’enjeu de ce procès était de taille puisque cette décision aurait pu museler Solidaris dans ses futures actions d’information. « C’est un combat gagné pour Solidaris, un combat de fond qui ne s’arrêtera pas », conclut Pierre Baldewyns, directeur du service de promotion de la santé chez Solidaris.

L.B.