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Sortie précoce de l'hôpital pas sans conséquences

Responsable du département maintien à domicile à la CSD (Centrale de services à domicile), Aurélie Inaurato analyse avec sa collaboratrice Laetitia Pirard les effets d'une mesure de plus en plus concrète. 

Les séjours à l'hôpital en cas d'accouchement sont de plus en plus courts

Selon les dernières dispositions gouvernementales, les séjours en hôpital sont drastiquement raccourcis, aussi bien pour les accouchements que pour tout type d’hospitalisation. Qu’est-ce que cela implique pour les patients ? 

En ce qui concerne les retours précoces de maternité, la CSD a mis en place, à Liège, un projet avec le CHU des Bruyères. Grâce à son service d’aides familiales, la centrale bénéficie d’un réseau de professionnels impliqués dans la périnatalité (sages-femmes, pédiatres, infirmiers, puéricultrices). Par exemple, pendant sa visite, l’aide familiale pourra faire les courses et préparer les repas, assurer les tâches ménagères courantes et les démarches administratives, sans négliger de s’occuper des enfants, pour que la jeune maman puisse se reposer. Pour les autres hospitalisations, la situation est plus complexe : nous constatons depuis quelque temps que les patients sont démunis face à ce raccourcissement de la durée d’hospitalisation. Il n’est pas rare d’être appelé en « urgence » parce que la sortie n’a pas été préparée et encore moins anticipée et que le patient se retrouve à son domicile complètement perdu et sans aide. C’est pour cela qu’il est primordial de se poser quelques questions avant sa sortie : « Ai-je besoin de soins, d’aide pour entretenir mon domicile, de matériel, de transport ou autres ? » Les services sociaux des hôpitaux sont débordés et n’ont pas l’opportunité de rencontrer tous les patients. A ce jour, il n’est plus envisageable que les hôpitaux prolongent d’un jour ou deux l’hospitalisation de leurs patients. 

« L’hôpital à la maison » voulu par Maggie de Block entraîne effectivement une nécessaire adaptation des services d’aide. Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontée ?

Une sortie mal préparée est une sortie compliquée. Elle génère un stress énorme, du travail dans l’urgence, des services pas toujours en mesure de répondre à ces demandes, sans oublier l’aspect financier. Le retour précoce implique en général plus d’aide et donc plus de dépenses, ce qui n’est pas possible pour tout le monde. Notre centre de coordination tente alors de parer au plus pressé, afin de déjà mettre en place le minimum d’aide pour que le patient puisse simplement être soigné avant de procéder à une analyse plus approfondie de ses besoins. Dans certaines situations, c’est le prestataire de soins de première ligne qui nous interpelle pour nous faire part d’une situation difficile dans laquelle il faut intervenir. Par exemple, si le patient est sorti sans prescriptions médicales, sans matériel de soins, etc. Les hôpitaux tentent de réagir en mettant en place des projets HAD (hospitalisation à domicile). A ce jour, nous comptons divers projets avec plusieurs hôpitaux liégeois comme, notamment, l’antibiothérapie par voie veineuse à domicile. Ces projets ne concernent qu’une partie restreinte des bénéficiaires et généralement les plus autonomes, qui n’ont donc pas de besoin d’un encadrement pour vivre bien chez eux. 

Raccourcir les durées d’hospitalisation, c’est donc privilégier un soutien à domicile dynamique et performant. Où en est-on actuellement à ce niveau ? 

Nous sentons un réel changement dans notre métier mais nous n’avons pas plus de moyens pour y arriver. Aujourd’hui, nous sommes confrontés au manque cruel d’anticipation et aux problèmes qui se multiplient. Nous subissons des situations d’urgence parfois insolubles. On observe aussi un impact sur les médecins traitants, de plus en plus sollicités et de moins en moins disponibles. Nous pensons néanmoins que ces sorties précoces peuvent être une bonne chose dans certains cas, du moins si on améliore la communication entre le milieu hospitalier et le domicile afin de travailler de manière optimale. 

Par Philippe Fievet - Paris Match en collaboration avec les mutualités Solidaris - Parution 05/07/2017.