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41% des Belges francophones se sentent « perdus »

Pour la quatrième année consécutive, Solidaris, en collaboration avec la MGEN, a pris le pouls des sociétés belge francophone et française afin de mesurer de manière globale l’état de bien-être et de confiance de la population. Les résultats de l’enquête montrent une population belge et française globalement désabusée, principalement dans les classes sociales les plus précarisées.

 
 

L’enquête a été réalisée entre septembre et octobre 2018 auprès de 1.076 personnes en France et de 1.064 en Belgique. En 2016, un premier baromètre commun avait mis en avant de nombreuses similitudes entre la France et la Belgique. Puis, l’élection présidentielle a rebattu les cartes et depuis, les résultats français sont globalement plus hauts sur (presque) tous les points, même si des tendances lourdes restent communes.

Un an après, et ce avant le début des gilets jaunes, Belgique et France font face à une même tendance négative.

Des perdus aux ultra-optimistes

Chaque pays a évidemment son propre contexte mais une typologie basée sur les résultats de l’enquête permet de regrouper les citoyens français et belges en 4 classes dans leur rapport au système actuel : des « perdus », qui pèsent pas moins de 41% dans les deux pays, des « indifférents » (20%), des espérants (27%) et des ultra-optimistes (12%). « Les « perdus » n’ont plus du tout confiance dans le système (dans lequel ils ne se retrouvent franchement pas) et c’est encore pire vis-à-vis du politique », explique Delphine Ancel, responsable des Etudes de l’Institut Solidaris. « Ils partagent aussi beaucoup les peurs, que ce système, au mieux ne peut atténuer, au pire amplifie. Ce n’est pas peu dire qu’ils ont été en quelque sorte abandonnés. » Ils n’ont, de plus, aucune confiance en eux et leur capacité d’agir est ressentie comme faible. Ils évaluent leur vie négativement (37% sont insatisfaits de leur vie sur l’échelle de Cantril).

Sur tous les 6 axes du bien-être, ils sont toujours les « derniers ». Et c’est sur la santé (mentale et physique) que l’écart à la moyenne est le plus important. Ils sont davantage dans la tranche d’âge entre 40 et 59 ans, sont plus souvent des chômeurs et des gens en incapacité ainsi que des bas diplômes.

Il y a également 20% d’indifférents. Ils se caractérisent par une grande distance et une neutralité marquée (« ventre mou »), à la fois vis-à-vis du système, vis-à-vis de certaines craintes concernant l’avenir mais aussi vis-à-vis de leur propre vie. Ce sont en quelque sorte des « poissons froids ».

S’ils sont généralement dans la moyenne haute sur les axes du bien-être (hormis le rapport au système), on notera que c’est sur la santé mentale que l’écart est le plus en leur faveur. Ce sont souvent des jeunes, des hommes, des travailleurs et plus souvent des ruraux en France.

Beaucoup de points communs

Et puis, il y a ceux qui espèrent et les ultra-optimistes. Ces derniers sont très pro-système et sont particulièrement positifs dans leurs réponses. Si c’est la classe qui pense le plus qu’il y a trop d’immigrés, ils ne nient pas le principe que l’immigration est source d’enrichissement culturel. D’ailleurs on retrouve davantage de gens qui sont d’origine étrangère et qui ont donc bénéficié individuellement de l’immigration. Autre caractéristique intéressante, 58% pensent que les religieux agissent en matière de bien-être contre 22% en moyenne.

Ça va bien pour eux sur tous les sous-indices bien-être et notamment l’estime de soi. Ils sont davantage chômeurs mais aussi un peu plus des femmes, des bas diplômes et des péri-urbains en France.

Concrètement, beaucoup de choses rapprochent les Français des Belges dans cette étude : 49% sont stressés par le travail, 43% renoncent au sport pour des raisons financières tandis que 17% renoncent à des médicaments prescrits pour les mêmes raisons. Chez nos voisins, comme chez nous, les habitants sont à peine 12% à avoir confiance dans les gouvernants politiques. 71% estiment que l’Etat et la sécurité sociale vont les protéger de moins en moins tandis que 66% ont de moins en moins envie de vivre ensemble. Pour 81% des citoyens, qu’ils soient français ou belges, on sous-estime les effets du réchauffement climatique. L’argent et la finance tiennent, pour eux, une place beaucoup trop importante et cela, dans 87% des cas.

Coût des déplacements

Et alors que l’enquête a été réalisée quelques semaines avant le début du mouvement des Gilets jaunes, on pouvait lire dans les résultats les prémices de cette vague de mécontentement dont le point de départ concernait la problématique du déplacement. En Belgique, 46,5% (+ 10 points en une année) des personnes interrogées estiment que le coût pour se déplacer est devenu un problème pour leur budget. C’est le cas pour 49,3% (+12 points) des Français.

Sur le plan des inégalités hommes-femmes, elles demeurent bien présentes. L’indice confiance et bien-être est plus bas pour les femmes en France (57,7 contre 61,1 pour les hommes) comme en Belgique (51,5 contre 57,2 pour les hommes.

Des résultats qui montrent donc une tendance négative partagée des deux côtés de la frontière et qui pourrait encore s’aggraver dans les prochaines années.

​​​​​​​​Laurence BRIQUET - Sud Presse - 06/04/2019