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​Médecin conseil : un métier méconnu et souvent mal considéré

Que ce soit dans l’opinion publique ou au sein même de la profession médicale, les stéréotypes négatifs envers les médecins conseil sont encore tenaces. Leur rôle est souvent confondu avec celui du médecin contrôle et on leur associe erronément l’image de « gendarme » de l’incapacité de travail.

 

Quand on évoque la profession de « médecin conseil », on la confond souvent avec celle de médecin-contrôle que les employeurs ont le droit d’envoyer chez leurs employés malades pour évaluer la nécessité de l’absence au travail. Il n’en est rien.

Le mot « conseil » associé au mot « médecin » met pourtant bien en évidence le rôle crucial que joue le médecin conseil dans le suivi des malades et leur réinsertion socio-professionnelle consécutive à une maladie. Le médecin conseil est, comme son nom l’indique, avant tout un médecin avec toutes les connaissances scientifiques que cela implique, le respect du secret médical et les qualités humaines requises pour l’exercice de son art. C’est également un médecin employé par un organisme assureur, une mutuelle, qui rembourse les soins de santé et remplace les revenus en cas de maladie.

Les missions du médecin conseil sont nombreuses. Il y a d’abord l’accompagnement pro-actif durant le parcours d’une incapacité de travail : gestion des certificats médicaux; vérification en consultation si les critères légaux de reconnaissance en incapacité de travail sont remplis; vérification des possibilités de réintégration, de réinsertion socio-professionnelle, c’est-à-dire un retour sur le marché de l’emploi, vers une activité adaptée à l’état de santé, en fonction des capacités restantes et en accord avec l’affilié...

Accord pour des soins

C’est également le médecin conseil qui donne son accord (ou non) pour des soins de santé (médicaments, kinésithérapie, logopédie, aides à la mobilité, séjours à l’hôpital…). Il aide aussi à assurer une protection juridique et des conseils dans le cas d’erreurs médicales, d’accidents de travail ou encore de maladies professionnelles.

« Le métier est passionnant mais très difficile avec une grosse charge émotionnelle. Nous voyons des malades, souvent porteurs de graves maladies ou dans des contextes psycho-sociaux complexes ou précaires, en première ligne. Nous sommes, face à des personnes souvent en colère, parfois, le messager de décisions difficiles. Le nombre se réduit, les équipes sont vieillissantes et il n’y a pas de relève vu le manque d’attractivité (salaire barémisé non revu depuis des années avec gros différentiel de ce à quoi les jeunes médecins peuvent prétendre sur le marché médical actuel, idées fausses du métier, préjugés…). Auxquels s’ajoutent des mesures du gouvernement rendant la tâche difficile », explique Dominique Feron, médecin directeur à la Direction médicale de l’Union Nationale des Mutualités Socialistes. « Malgré tout, nous restons des passionnés de notre métier et fiers de l’exercer », conclut-elle.

Laurence BRIQUET – Sud Presse – 12/01/2019

Un rôle central au sein de la Mutualité

Ni médecin raté ni médecin gendarme, le médecin conseil doit faire preuve de nombreuses qualités. Il doit être capable de travailler en équipe. « Le médecin conseil travaille au sein d’une équipe pluridisciplinaire, en collaboration avec des kinésithérapeutes, infirmier(e)s, psychologues, administratifs, assistant(e)s sociaux(ales). Ces « regards croisés » lui ouvrent des opportunités d’enrichir ses connaissances et surtout, de développer des pratiques proactives et adaptées en matière de prévention des risques pour les patients. Au quotidien, il participe à l’organisation de son travail et à la réflexion sur l’évolution de son métier », note Dominique Feron, médecin directeur à la Direction médicale de l’Union Nationale des Mutualités Socialistes. Le médecin conseil collabore avec le secteur thérapeutique et la médecine du travail.

Le médecin conseil est également un médecin généraliste ou spécialiste ayant un certain nombre d’années de pratique clinique. Il acquiert ensuite une expertise en médecine d’assurance. Il évalue la situation médicale des assurés et il apporte les réponses qui sont en accord avec la législation. Ses missions sont d’ailleurs définies par cette dernière via l’INAMI et il est assermenté.

Une interface incontournable

Le médecin conseil tient un rôle central au sein de la Mutualité. Il représente l’interface médicale incontournable entre l’assuré, les prestataires de soins et l’administration. Il collabore aussi avec le médecin du travail et assiste à des expertises. Par ailleurs, son statut lui garantit une totale indépendance de décision et ne peut être soumis à aucune pression par l’un ou l’autre de ses partenaires.

Il est régulièrement confronté à de nombreuses pathologies dont certaines très rares, ce qui l’amène à se remettre en question et trouver des solutions à des problèmes nouveaux. Il bénéficie en outre d’un programme de formations continues axé sur l’évolution de pratiques intéressantes et variées mais aussi ancré aux changements constants de la législation. Le médecin conseil est aussi amené à devoir jouer un rôle de plus en plus proactif, véritable chef d’orchestre de la réinsertion d’un malade en incapacité de travail.

C’est donc un métier passionnant et en mutation constante. Un métier qui peine pourtant à trouver de nouvelles recrues et qui conserve encore trop souvent, dans l’imaginaire collectif, une image négative…