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Jean-Pascal Labille: « Ce gouvernement MR-N-VA a fait du racisme d’état »

​Il a finalement décidé de ne pas être candidat sur la liste fédérale, en province de Liège, de Frédéric Daerden. Mais Jean-Pascal Labille, le grand patron des Mutualités socialistes, s’engage pleinement dans la campagne électorale. Avec un objectif : mettre fin à la coalition MR-N-VA-Open VLD-CD&V au fédéral qui « multiplie les attaques néolibérales contre les travailleurs et la protection sociale ».

 
 
M.Labille, vous multipliez les sorties à l’aube de ces élections qui s’annoncent importantes. Vous avez peur pour l’état social du pays ?
Oui, clairement. Parce qu’il s’est dégradé, parce qu’il a empiré. Je veux toutefois rester objectif : c’est global, depuis plusieurs années et un peu partout en Europe. Le néolibéralisme a réussi son attaque sur les services publics et, aujourd’hui, il s’attaque aux travailleurs et, étape suivante, à la protection sociale.
C’est-à-dire, concrètement ?
Avant, une personne sur cinq reportait ses soins faute d’argent. Aujourd’hui, on est passé à un sur quatre. Et après, on attend que ça devienne un sur trois ? Et le plus violent, c’est pour les malades, où l’on est à plus de 60 % de report de soins. En réalité, toutes les décisions sont aujourd’hui prises sous le prisme budgétaire uniquement. Bien sûr, il faut de la rigueur. Mais, surtout, on doit se demander quel sera l’impact de telle décision sur Louis de Seraing ou Yvette de Herstal.
Selon vous, on ne s’intéresse plus à l’électeur « lambda », à M. et Mme « Tout le monde » ?
Non. Tout ce qu’on fait aujourd’hui au niveau de ce gouvernement fédéral, c’est de mettre les personnes en concurrence les unes avec les autres. Les chômeurs avec les travailleurs, les gens d’ici avec les migrants, etc. On n’a plus de vraie cohésion sociale.
Ce que vous prônez, c’est la refonte d’un système ?
En avril 2019, le système de sécurité sociale belge reste un bon système, soyons honnêtes. Mais les attaques contre celui-ci se multiplient. On augmente de 1,5 % le budget de soins de santé au lieu des 3 % prévus initialement, alors que le bureau du plan chiffre la hausse à 2,3 %. Pas besoin d’avoir fait HEC pour comprendre…
Vous avez l’impression de ne pas être écouté par la ministre fédérale ?
Maggie De Block, c’est la plus mauvaise ministre de la Santé que j’ai connue. Nous sommes confrontés à une absence totale de concertation sociale, à l’instar des syndicats. On n’hésite pas à nous « by passer » et même à faire des cadeaux énormes à l’industrie pharmaceutique. Sur les médicaments, Mme De Block dit qu’elle a diminué les prix de certains médocs pour 10-12 millions d’euros. Ok, mais parallèlement à cela, d’autres ont augmenté pour l’équivalent de 40 millions. La seule vision de l’actuelle ministre de la Santé, elle est budgétaire. Point. En cinq ans, la protection sociale ne s’est jamais autant dégradée.
Cette majorité doit changer absolument pour vous, comme patron de la Mutualité socialiste et comme militant PS ?
La clé, on sait où elle est : la N-VA sera-t-elle là ou pas ? Si non, alors il y a des possibilités de faire quelque chose d’intéressant avec les Verts ou les sociaux-chrétiens qui restent, je pense, attachés au pilier de la protection sociale. J’espère également un soubresaut chez les libéraux. Je crois que c’est possible. Mais si la N-VA fait 32-33 %…
Vous ne voulez plus de ce gouvernement ? L’actuelle coalition n’est pas une option pour le PS ?
Ce gouvernement MR-N-VA aura été celui de la violence et du racisme d’état. Quand un migrant se fait percuter en Belgique par un camion pour rejoindre l’Angleterre, quand un autre se suicide en centre fermé, quand Mawda est tuée par un policier, il s’agit d’une violence d’état et même d’un racisme d’état. Nous ne voulons pas de la reconduction de ce gouvernement fédéral. Et quand j’entends Jan Jambon, N-VA, dire aux francophones « n’ayez pas peur », c’est le serpent Kaa dans « Le livre de la jungle ». J’avais dit dans un entretien à « La Meuse » au début de cette mandature fédérale, que nous ferions tout pour lutter contre ces politiques de riches et nous avons été cohérents puisque la Mutualité socialiste a été la seule à voter contre le budget de De Block.
Et le rôle du PS là-dedans, quel serait-il ?
De par son ancrage, son expérience, le Parti socialiste doit être un parti pivot d’une coalition des progressistes qui propose un projet collectif. On accuse le PS de ne proposer que des recettes du passé. C’est faux. On doit créer de la richesse, soutenir les entreprises et les indépendants, mais pour créer de vrais emplois qui permettent de vivre dignement.
​​​​​Sud Presse - 27/04/2019 - Propos recueillis par Gaspard Grosjean
 

« Le temps des compromis mous et fades est révolu » 
Vous souhaitez également, à l’instar de Thierry Bodson à la FGTB dont vous êtes proche, une coalition la plus à gauche possible ?
J’appartiens à une famille politique qui correspond à ce projet inclusif que je prône. Mais je pense que ce n’est pas la seule. Comme je l’ai dit, il y a moyen de travailler avec la famille des Verts et même – du moins je l’espère encore – des sociaux-chrétiens. Il est clair que je souhaite une majorité, à tout le moins en Wallonie, le plus à gauche possible. Quant au niveau du Parti socialiste, il y a trois axes dans notre combat.
Lesquels ?
La radicalité, tout d’abord. Le temps des compromis mous et fades doit être révolu. Ensuite, on doit avoir une convergence des luttes sociales, écologiques, antiracistes et pour l’égalité homme/femme. Et, enfin, la reconquête idéologique avec des lignes rouges et infranchissables.
​​​​​​​​​​​​​G.G.

« Une crise morale de la politique » 
La Wallonie penchera certainement à gauche. Mais plus spécialement grâce au seul PS…
Nous avons en effet une tendance plus à gauche au sud du pays, très clairement. Ces forces de gauche doivent gagner et s’unir. Et, surtout, prendre leurs responsabilités pour aller au pouvoir, gouverner et réformer. Sinon, ça ne sert pas à grand-chose…
Vous vous attendez à une déferlante verte ?
Si on hume un peu l’air du temps et que l’on observe au fur et à mesure les différents sondages, oui, il va se passer quelque chose. Mais ce qui est capital à mes yeux, c’est que chaque parti se questionne et se demande quelle Wallonie on veut à l’horizon 2030 ? C’est deux législatures. Il faut que la population reprenne confiance en la politique à travers un projet collectif, en sachant parler aux gens, en les connaissant. D’où l’importance de ces corps intermédiaires que sont les associations, les syndicats, les mutuelles…
Ce fossé entre la sphère politique et « les gens », cela fait longtemps que tous les responsables disent qu’il faut le réduire. Mais peu d’actions réelles sont prises en ce sens!
Sur le côté moral de la politique, on n’est certainement pas au plus haut aujourd’hui. Nous sommes dans une crise morale à cause de la cupidité de quelques-uns et l’aveuglement de quelques autres. Je souhaite donc que les gens regardent leurs conditions de vie, celles de leurs voisins, qu’ils regardent qui propose une autre voie et qu’ils agissent en conséquence. Il faut aussi que les gens se réapproprient la politique et en aient une analyse critique.
​​​​​​​​​​​​​G.G.​