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Concilier emploi et troubles cognitifs : un véritable défi

Difficultés à pouvoir suivre le rythme de production imposé, à se concentrer, à travailler sur de longues périodes ou à organiser le travail sont autant de troubles cognitifs rencontrés par de plus en plus de gens au boulot. Comment les concilier au mieux avec la vie professionnelle ?


Les troubles cognitifs sont en constante croissance en Belgique. Les troubles amnésiques, attentionnels et exécutifs influencent de façon complexe l’autonomie des personnes qui sont touchées dans l’exercice des tâches quotidiennes, qu’elles soient personnelles et professionnelles. « Dans un cadre professionnel, on identifie pour les personnes atteintes de troubles cognitifs des difficultés à pouvoir suivre le rythme de production imposé, à se concentrer, à travailler sur de longues périodes, à organiser leur travail… L’impact de tels troubles sur l’emploi, la durée de travail, l’efficience au travail, le projet et la trajectoire professionnelle est non négligeable », explique Manon Cools, chargée de communication et d’éducation permanente à l’ASPH, l’Association Socialiste de la Personne Handicapée.

De nos jours, l’emploi constitue un enjeu de santé publique, l’une des principales clés de valorisation du citoyen. « Une pression non négligeable est pourtant mise sur chaque individu pour être et rester un acteur économique à travers l’exercice d’un emploi, poussant tout un chacun à s’engager dans une activité rémunérée parfois au détriment d’une activité qui fait sens dans son parcours ou qui ne l’épanouira pas », note-t-elle encore. Dans ce contexte, il est utile de se poser la question de ce qu’il advient des personnes pour qui avoir un emploi relève du parcours du combattant et qui ne disposent plus des ressources suffisantes pour répondre aux exigences du monde professionnel.

Manque de concordance

« Les personnes présentant un trouble cognitif se rendent rapidement compte que leur statut professionnel est remis en question de par le manque de concordance entre ce qu’elles savent encore faire et ce qu’on exige d’elles », ajoute Mélanie De Schepper, chargée d’Études et de Projets à l’ASPH.

« La confrontation entre la volonté de reprendre un emploi et la réalité oblige une adaptation et donc à un deuil important. Pourtant, l’activité professionnelle reste primordiale pour ces personnes car il existe de nombreux effets bénéfiques liés à l’emploi tels que la valorisation de soi, l’effet positif sur l’estime de soi ainsi que le fait de pouvoir retrouver une source partielle d’identité ou encore la diminution d’autres symptômes tels que la dépression. Il est donc important de penser à une (ré)insertion professionnelle adaptée », ajoute-t-elle.

De nos jours, la vision de l’insertion de la personne en situation de handicap se veut inclusive et positive au sein d’un environnement adapté à tous. Pourtant, la réalité est toute autre. Les personnes présentant de difficultés cognitives sont, au même titre que les personnes en situation d’autres handicaps, victimes de licenciement pour cas de force majeure. « En cause ? Deux mondes qui ne se rencontrent pas : celui de l’efficience professionnelle à tout prix et celui des limites liées aux troubles cognitifs. L’un ayant des exigences auxquelles les personnes présentant des troubles cognitifs ne peuvent pas toujours répondre ; l’autre présentant des besoins particuliers qui ne sont pas toujours compris par les acteurs du secteur professionnel », poursuit Mélanie De Schepper.

La personne en situation de handicap qui veut s’inscrire au sein d’une activité professionnelle n’a actuellement que rarement les moyens de le faire correctement. Pourtant, la motivation de participer socialement à une activité professionnelle valorisante existe. Une enquête a démontré que 20 % des personnes en arrêt maladie considèrent pouvoir encore accomplir un travail rémunéré malgré leurs difficultés si elles sont accompagnées adéquatement.

Des perspectives plus larges que les quotas d’engagements

Dès lors, que faire ? « Il est important de responsabiliser les entreprises sur la question. Les quotas d’engagement, par exemple, ne peuvent pas être la seule clé d’emploi pour les personnes en situation de handicap. Davantage d’incitants doivent être mis en place pour les entreprises car c’est un biais de sensibilisation et de découverte des compétences et des richesses de tous les travailleurs, quelles que soient leurs spécificités et leur nature. Aujourd’hui, le champ d’action se situe à deux niveaux : sensibiliser, au regard de la méconnaissance de ce type de handicap et étendre la connaissance des aides et accompagnements disponibles pour les employeurs, afin de leur permettre d’engager ces personnes dans de bonnes conditions à la fois pour eux et pour les travailleurs. Par ailleurs, en dehors des incitants financiers, nous plaidons pour des sanctions négatives quand cela s’avère nécessaire. De plus, les associations jouent un rôle primordial dans les processus d’accompagnement et d’information de l’inclusion en contexte professionnel qu’il convient plus que jamais de soutenir », conclut Manon Cools.

Laurence BRIQUET - Sud Presse - 21/09/2019