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Violences sexuelles : bien plus que le viol

​Les violences sexuelles ne se limitent pas au viol. Elles peuvent prendre différentes formes qu’il est important de dénoncer et de combattre.

 
 
Quand on pense aux violences sexuelles, on pense généralement au viol mais il n’y a pas que ça. Les violences sexuelles comprennent le viol commis par des inconnu-e-s ou par des connaissances, le viol conjugal, commis par un-e partenaire, le viol de personnes mineures (commis par un adulte ou par un-e mineur-e) mais aussi le harcèlement sexuel, l’attentat à la pudeur, l’inceste, des formes spécifiques en contextede guerre (viol systématique, esclavage sexuel…), les violences liées à des coutumes (mutilations génitales féminines, mariage forcé, examen gynécologique pour prouver la virginité...), l’interdiction d’utiliser des moyens de contraception et de protection contre les IST ou encore l’exploitation sexuelle.
En résumé, tout acte lié à la sexualité et réalisé sans le consentement d’une personne est considéré comme une violence sexuelle. C’est également le cas quand la personne agressée n’est pas capable de refuser ou de montrer son désaccord: parce qu’elle est ivre, droguée, endormie ou encore en incapacité mentale de le faire. Les violences sexuelles n’impliquent pas obligatoirement un contact physique: elles peuvent prendre d’autres formes, comme l’obligation de poser nue ou l’exhibition des parties génitales.
Des faits non dénoncés
«L’ampleur des violences sexuelles est difficile à évaluer car la plupart des cas ne sont pas signalés. Le manque de soutien, la honte, la culpabilité, la peur des représailles, d’être accusées, de ne pas être crues ou d’être rejetées... sont les principales raisons qui poussent les victimes à ne pas dénoncer les faits. Le manque d’information sur la thématique explique aussi en partie ce silence», explique Amandine Michez, chargée de mission à l’asbl Fédération des Centres de Planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes.
Les chiffres à ce sujet sont d’ailleurs interpellants. En France, l’INSEE, l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques, a estimé que, sur 100 viols, à peine 10 sont dénoncés.
Les différentes formes de violences sexuelles ont un point en commun: elles peuvent entraîner les mêmes conséquences sur la santé des victimes comme des blessures physiques, un sentiment de solitude et de méfiance, des problèmes dans le contact aux autres, des troubles psychiques (angoisses, manque d’estime de soi, dépression, tentative de suicide…), des troubles chroniques (invalidité, troubles de l’alimentation…), des problèmes psychosomatiques (maux de tête, maux de ventre…) ou des troubles du comportement (consommation de drogue, d’alcool, de médicaments…).
«Toute personne peut être confrontée à une situation de violences sexuelles à un moment donné, que ce soit de manière directe, en étant victime ou auteur-e, ou de manière indirecte, en tant que témoin ou connaissance de la victime. La plupart du temps les auteurs sont des hommes. Quant aux victimes de violences sexuelles, il s’agit très souvent de femmes», explique encore la chargée de mission.
Site web et brochure
La Fédération des Centres de Planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes (FCPF-FPS) a mis en ligne un site internet (www.infoviolencessexuelles.be) qui explique les différentes formes de violences sexuelles à travers leur définition, les conséquences sur la santé, le cadre légal ou encore les adresses d’associations utiles. Elle a également créé une brochure intitulée «Les violences sexuelles, c’est quoi?».
L’objectif principal, tant du site que de cette publication, est de mettre en évidence que les violences sexuelles peuvent prendre des formes très diverses. Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui réduisent les violences sexuelles au seul phénomène de viol. Les multiples formes de violences sexuelles sont aussi trop, et trop souvent, compartimentées.
«Les actions menées par la FCPF-FPS visent à expliquer les violences sexuelles de manière plus large, en mettant en avant leur point commun: elles désignent tout acte lié à la sexualité et réalisé sans le consentement d’une personne. Ces supports visent principalement à transmettre des informations théoriques sur les violences sexuelles (comprendre et reconnaître les différentes formes, savoir qui est concerné et ce que dit le cadre légal en application en Belgique) mais aussi des informations pratiques (identifier les services actifs dans le domaine, dresser une liste de contacts utiles...)», précise encore Amandine Michez.
Quelles pistes contre les violences sexuelles?
 
«Une façon de lutter efficacement contre les violences sexuelles est de rappeler que cette question concerne tout le monde. La sensibilisation de chacun-e est fondamentale. Si les violences sexuelles restent un sujet tabou, c’est parce que nos sociétés l’imposent. Pour lever ce tabou, il faut que tout le monde prenne conscience qu’aucune forme de violence sexuelle n’est ni «normale» ni tolérable. Si cet obstacle pouvait être retiré, cela réduirait déjà le poids qui pèse sur les épaules des victimes: celui de la peur du jugement, de la culpabilité et de la honte de ce qu’elles ont vécu/vivent. Cette stigmatisation et ces craintes font que beaucoup d’entre elles n’osent pas parler de ce qu’elles ont vécu/vivent», ajoute-t-elle.
Un accompagnement plus spécifique
La formation des professionnel-le-s est aussi un levier primordial pour changer les choses et déconstruire les idées reçues: que ce soit dans le secteur policier et judiciaire (améliorer les lois existantes et leur mise en application) ou dans le secteur psycho-médico-social (offrir un accompagnement plus spécifique aux victimes de violences sexuelles, dispenser des soins de santé précis et de qualité, diffuser des informations quant aux services ressources vers lesquels se tourner…).
«La formation des médias qui participent à la diffusion de nombreux clichés tels que l’image du pédophile prédateur ou des viols au détour d’une ruelle sombre doit être priorisée afin d’éviter la diffusion de ces stéréotypes en lien avec la «culture du viol» », conclut-elle.
Laurence BRIQUET, Sud Presse, 03/03/2018
 
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