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​Les seniors prennent-ils trop de médicaments ?

La relation patient, senior et médecin a été passée au crible par Espace Seniors qui s’est aussi penché sur la polymédication de la personne âgée et sur les attentes des patients par rapport au professionnel.



Espace Seniors, une asbl membre du réseau Solidaris, s’est intéressée à la prescription et à la consommation du médicament auprès des seniors. «Notre étude a mis en lumière la manière dont les personnes interviewées vivent leurs rencontres avec leur médecin généraliste ainsi que leurs conduites d’adaptation ou de résistance», explique Mara Barreto, chargée de projets chez Espace Seniors.

«On parle souvent de la (poly)médication chez la personne âgée. Toutefois, la question relative à la manière dont les seniors se représentent le moment où l’on prescrit leurs médicaments est plus rarement posée. Il nous semblait, dès lors, nécessaire de dialoguer avec les premiers concernés afin de mieux comprendre la relation qu’ils entretiennent avec leurs médecins et avec leurs médicaments», ajoute-t-elle.

Peur de s’exprimer

Dans le cadre de cette étude qualitative, des entretiens individuels ont été menés avec cinq seniors âgés de 62  à 77 ans. Ils ont été invités à développer leurs propos autour des questions comme «Comment vivez-vous la relation que vous entretenez avec votre généraliste?», «Quelle attitude/pratique adopte votre médecin en termes de (dé)prescription?» ou encore «Comment réagissez-vous au moment où le médecin vous prescrit des médicaments?».

Premier constat, le médicament n’est pas la seule réponse qu’ils attendent du médecin et ils ont souvent des idées concernant leur traitement, même si parfois, ils n’osent pas les exprimer. Certains affirment même avoir essayé d’en discuter mais ne pas s’être sentis suffisamment écoutés.

Dans l’enquête menée par Espace Seniors, la totalité des interviewés prend des médicaments de façon chronique. Certains sont même, par définition, polymédiqués car ils en prennent plus de cinq par jour. Tenant compte des témoignages, il se pourrait que certains seniors consomment aussi des médicaments non cliniquement indiqués. Cependant, aucun interviewé ne déclare avoir des problèmes liés à la prise médicamenteuse. Pour eux, le médecin reste la source d’information privilégiée en ce qui concerne les maladies et le traitement médicamenteux sur prescription mais la majorité consomme aussi des médicaments sans ordonnance sur l’avis du pharmacien. Les seniors interrogés évoquent l’importance d’être bien informés et ils considèrent le pharmacien comme un conseiller à proximité. Par contre, leurs avis sont partagés quant à l’utilisation d’internet comme source d’information médicale.

Arrêt des médicaments

Même si les seniors interviewés partent aussi du principe que le médecin «sait ce qu’il prescrit», leur attitude est moins résignée en ce qui concerne la prise de médicaments à long terme. En effet, quand on pose le regard sur leurs pratiques, on voit que la majorité a déjà arrêté des médicaments de leur propre chef ou s’est adressée au généraliste pour en stopper certains qu’ils prennent de manière chronique mais qu’ils ne considèrent plus nécessaires. Dans le dernier cas, la réponse du médecin a été négative et n’a pas été accompagnée d’explications satisfaisantes pour les seniors.

L’analyse des entretiens montre aussi que l’acte de prescrire n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans un contexte de relation médecin-patient. A travers les différents témoignages, des facteurs que les seniors considèrent importants dans la relation qu’ils entretiennent avec leur généraliste ont été relevés comme la durée de l’entretien (au moins 30 minutes), la disponibilité, l’âge du médecin (si possible, pas trop jeune ni trop âgé) et la possibilité de dialogue.

En quête d’écoute

Par la suite, des séances d’échanges entre seniors ont été organisées. Au total, 60  personnes y ont participé. Concernant les 4 facteurs évoqués par les 5 seniors interviewés, la majorité trouvait important que le généraliste puisse instaurer un véritable dialogue, presque la moitié souhaitait qu’il leur consacre minimun une demi-heure, un tiers trouvait important que le généraliste puisse se rendre disponible et seulement une minorité accordait de l’importance à son âge. «Comme dans le cadre de notre étude, nous nous sommes retrouvés avec des seniors qui attendent de leur médecin autre chose que des décisions unilatérales. Ils sont en quête d’écoute, de dialogue et de concertation», ajoute Mara Barreto.

Le patient attend de son médecin qu’il lui montre toute la valeur qui lui est accordée. Bref, de lui donner la place qu’il mérite en tant que partenaire de soins.

Comme exprimé par le médecin-écrivain Martin Winckler qui reconnaît lui-même faire de la provocation à travers son dernier ouvrage: «Demander qu’on vous écoute et qu’on vous explique, dire non quand on cherche à vous imposer ce que vous ne voulez pas, c’est déjà une victoire. Vous méritez d’être bien soigné. Faites entendre votre voix».

 

Laurence BRIQUET - Sud Presse - 01/12/2018 

(Dé)prescrivez-moi ça!

Prendre un médicament n’est pas anodin. Pour chaque produit et plus encore en cas de polymédication, la comparaison du risque d’un traitement avec ses éventuels bénéfices (balance bénéfice-risque) s’avère essentielle.

Espace Seniors participe au projet d’entreprise en Promotion de la Santé pour une utilisation adéquate du médicament (PEPS-M). Intitulé «Dosez-moi ça!», ce projet est piloté par le Service Promotion de la Santé de Solidaris. Son but est d’améliorer la qualité dans la prescription, la délivrance et la consommation du médicament auprès de différents publics.

La polymédication est une pratique habituelle chez la personne âgée. Pour Espace Seniors, il est donc nécessaire d’insister sur l’importance de l’utilisation rationnelle des médicaments. Il importe également d’aborder la question relative à la manière dont les seniors se représentent le moment où l’on prescrit leurs médicaments ainsi que leurs conduites d’adaptation ou de résistance.

Dans ce contexte, Espace Seniors a organisé une campagne d’information et de sensibilisation sur la (dé)prescription chez les seniors par le biais de séances d’information pour les seniors et de conférences.