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Un viol sur deux a lieu au sein du couple

 

Le viol conjugal, c’est-à-dire le viol exercé par le/la partenaire intime, est une réalité trop souvent méconnue. Or, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il touche une femme sur quatre qui ignore parfois sa situation.


Le viol conjugal est une forme de violence conjugale et sexuelle exercée par la/le partenaire intime, qui est, dans la majorité des cas, de sexe masculin. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit les violences entre partenaires comme «tout comportement au sein d’une relation intime qui cause un préjudice ou des souffrances physiques, psychologiques ou sexuelles, aux personnes qui font partie de cette relation, y compris des actes d’agression physique, des rapports sexuels forcés, entre autres des formes de coercition sexuelle, de la violence psychologique et des comportements autoritaires ou tyranniques».

«Cette définition met donc en évidence les rapports sexuels forcés aussi appelés viol conjugal comme faisant partie des violences entre partenaires. Le viol conjugal représente une prise de pouvoir sexuel d’un partenaire intime sur l’autre. Le désir sexuel de l’un des partenaires prend le dessus sur le consentement de l’autre. Ce type de violences sexuelles ne se retrouve pas uniquement chez les couples mariés mais également chez les personnes cohabitantes de tout âge, chez les adolescents connaissant leurs premières relations de couple... En d’autres mots, le viol conjugal peut concerner toute personne entretenant des relations intimes avec une autre, indépendamment de son âge, de son sexe, de ses origines ethniques ou encore de son niveau social», explique Eloïse Malcourant, chargée de communication et responsable éducation permanente à la Fédération des Centres de Planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes (FCPF-FPS).

Prouver sa virilité

Les chiffres de l’OMS sont alarmants: une femme sur quatre subit, à un moment ou à un autre de sa vie, des violences sexuelles de la part de son partenaire. Dans la majorité des cas, les personnes qui obligent leur partenaire à avoir des rapports sexuels pensent agir en toute légitimité, vu les liens intimes et conjugaux qui les unissent. De plus, comme le précise Fabienne Desquay, psychologue au service «Ça vaut pas l’coup», dans une analyse publiée en 2017 par les Femmes Prévoyantes Socialistes, «pour certains hommes, entretenir des relations sexuelles avec leur partenaire, de manière agressive et violente, prouve leur virilité/masculinité: cette idée les empêche de voir que ces actes constituent en réalité de la violence sexuelle».

Selon Fabienne Desquay, le viol au sein du couple est fréquent mais caché ou non perçu. Ce que confirme les chiffres de l’OMS: un viol sur deux a lieu au sein du couple.

L’auteur de viol conjugal peut avoir recours à différentes techniques afin de «convaincre» sa/son partenaire à avoir des rapports sexuels. Comme l’explique Fabienne Desquay, cela peut être le chantage, la pression psychologique, la menace voire la violence physique: marchander une relation sexuelle en échange d’un cadeau, empêcher l’autre de dormir tant qu’il/elle n’aura pas eu un rapport sexuel, menacer de ne pas donner d’argent pour aller faire les courses si la/le partenaire refuse le rapport, menacer le bien-être et la condition physique des enfants, menacer de coups la/le partenaire, menacer la/le partenaire d’infidélités si celle-ci/celui-ci ne répond pas à ses «désirs» sexuels, frapper/maintenir physiquement la/le partenaire... Face à ces techniques de contrainte, la victime n’a pas d’autre choix que de céder à avoir une relation sexuelle sans être consentante. Malgré ces contraintes explicites, la victime de viol conjugal n’est pas toujours consciente que ce qu’elle subit est un viol commis par sa/son partenaire.

Des questions sans réponse

«Au-delà de cette prise de conscience d’une situation de viol conjugal au sein de son propre couple, la victime peut ressentir un sentiment de culpabilité des années après les faits. Cela est dû aux techniques de contrainte utilisées par le/la partenaire intime pour culpabiliser la victime. Ainsi, réussir à intégrer le fait que cela ne soit pas de leur faute est un processus compliqué. Cela est doublé d’une autre forme de culpabilité: celle de ne pas avoir reconnu, au moment des faits, la gravité du viol conjugal commis par leur partenaire», avance Eléonore Stultjens, chargée de missions à la FCPF-FPS.

Comment lutter contre ce fléau? Il est nécessaire que les campagnes de sensibilisation et de prévention menées sur les violences conjugales en Fédération Wallonie-Bruxelles et ailleurs, mettent davantage l’accent sur les violences sexuelles exercées au sein du couple. Par exemple, étendre la campagne «Fred et Marie», élaborée par la FWB, à travers une focalisation sur les violences sexuelles au sein du couple et une déconstruction du concept de «devoir conjugal» (lire par ailleurs), en affirmant que les femmes/hommes peuvent refuser un rapport sexuel avec leur partenaire et en expliquant les concepts de «consentement», de «confiance» et de «respect de l’autre» au sein du couple.

«Etre en couple ne remet pas en cause l’importance de la notion de «consentement». Être intimes, avoir des rapports sexuels fréquents avec un partenaire, habiter ensemble, être mariés... ne justifie en rien le fait d’imposer à son/sa partenaire des relations sexuelles quelles qu’elles soient», conclut Eloïse Malcourant.

 

Laurence BRIQUET – Sud Presse – 28/07/2018

 


Le fameux «devoir conjugal»

La notion de viol conjugal reste actuellement très tabou dans nos sociétés et peine à être reconnue. Cela s’explique principalement par la notion de «devoir conjugal», qui est encore trop ancrée dans les mentalités. Il est donc essentiel de rappeler que ce concept n’a aucune valeur légale en Belgique: il n’est inscrit dans aucun texte de loi. Il ne constitue qu’une idéologie sociétale instaurée depuis des décennies et qui, malheureusement, est difficile à déconstruire.

«Le premier travail à entreprendre est de changer les mentalités concernant cette idée de «devoir conjugal»: en faisant comprendre aux individus que cela n’existe pas, que le viol conjugal est puni par la loi en Belgique ; que chacun a le droit de disposer de son corps comme il/elle l’entend et de refuser des rapports sexuels avec son/sa partenaire intime ou toute autre personne», note encore Eloïse Malcourant.