Mons - Wallonie Picarde

Choix de région

La pollution de l’air tue plus que la route

​En Europe, c’est une réalité avec plus de 400.000 personnes mortes, en un an, à cause de la pollution de l’air.

La pollution a de grosses répercussions sur notre santé. On fait le point avec le docteur Bali Fayçal, pneumologue à la Clinique André Renard.

Fin 2019, l’Agence Européenne de l’Environnement (AEE) a publié son rapport dédié à la réduction de la pollution de l’air et à son impact bénéfique sur la santé et le climat. Bonne nouvelle, la qualité de l’air est en constante amélioration sur le continent. Malheureusement, ce rapport a aussi amené son lot de mauvaises nouvelles puisque si la qualité de l’air s’améliore, la plupart des Européens vivant en ville sont exposés à des seuils de pollution dépassant les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Par ailleurs, ce rapport a montré que la pollution de l’air a causé plus de 400.000 décès en Europe en 2017. Cette même année, la pollution de l’air a même dépassé les recommandations de l’OMS en matière de qualité de l’air dans 69 % des stations de surveillance européennes. On estime que 87 % de la population citadine est exposée à des niveaux de particules fines supérieurs aux standards de l’OMS. Inquiétant donc…

 
 
Fonction respiratoire réduite

Pour Bali Fayçal, pneumologue à la clinique André Renard, « les 400.000 décès dont on parle concernent des maladies cardiovasculaires mais aussi des maladies pulmonaires et cancers du poumon. À cause de la pollution, des particules peuvent entrer en profondeur dans les poumons où elles peuvent provoquer une inflammation ou aggraver l’état des personnes atteintes de maladies cardiaques ou pulmonaires ». On peut même dire que la pollution représente plus de morts que les accidents de la route. En Europe, plusieurs millions de citadins sont victimes de maladies associées à cette pollution comme l’asthme, les bronchites ou les attaques cardiaques. « L’exposition des enfants à la pollution réduit leur fonction respiratoire et provoque des infections des bronchiques à répétition. Quand à l’asthme, si on n’a pas démontré qu’il était provoqué par la pollution, on sait en tout cas qu’elle l’aggrave », poursuit le médecin.

Mais de quelles substances parle-t-on exactement ? Il est vrai que les polluants atmosphériques ne manquent pas : oxydes de soufre, ammoniaque, monoxyde de carbone, méthane… Sans oublier l’ozone (l’exposition à l’ozone à des taux supérieurs prônés par l’OMS concerne 98 % de la population urbaine) ou les émissions de NOx (oxyde d’azote) des véhicules diesel, les solvants contenus, par exemple, dans des peintures… Avec des effets, on l’a vu, importants sur la santé, en accroissant le risque de maladies respiratoires aiguës (pneumonie) et chroniques (cancer du poumon) ainsi que les maladies cardio-vasculaires, en particulier chez les personnes plus vulnérables (enfants, personnes âgées, ménages à faible revenu ayant un accès limité aux soins de santé…). 

Lutter contre la pollution et changer ses habitudes

Il s’avère de plus en plus que la promotion de notre santé passe par une modification de nos comportements. La prévention des maladies liée à la pollution suppose de promouvoir les transports publics, la marche et le vélo plutôt que les véhicules privés.

« Cet effort doit aussi s’étendre aux autres habitudes responsables de la plupart des maladies non transmissibles. Il faut lutter contre la pollution intérieure, le tabac, les habitudes alimentaires, l’usage d’alcool et l’inactivité physique », ajoute le docteur Bali Fayçal. Dans cette même optique de globalisation, l’OMS plaide pour une action politique qui bénéficie à la santé, au climat et à l’environnement.

« Les pouvoirs publics doivent recenser, pour les villes, leurs principales sources de pollution atmosphérique et mettre en œuvre des politiques dont on sait qu’elles améliorent la qualité de l’air. Ensuite, il faut un suivi efficace afin d’évaluer les impacts de ces mesures et assurer une sensibilisation de la population » note l’OMS. 


Laurence BRIQUET - SudPresse - 15/02/2020