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Le burn-out parental

​Psychologue de formation et animatrice au lieu de rencontre enfant-parent de Latitude Jeunes, réseau Solidaris​, Géraldine Duck explique ce nouveau phénomène de société. 

Comment s'explique le burn-out parental ?


Comment s'explique le burn-out parental ? 

Sans doute à cause des multiples pressions apparues et mises en place ces dernières décennies autour des parents. L'enfant a acquis une place prédominante et « humanisante » dans la collectivité, surtout depuis la Déclaration des droits de l'enfant de 1989. Les parents, pour la première fois, sont à son service et dans l'obligation de lui permettre de se développer à tous niveaux. Dans un contexte social où abondent les messages sur ce qu'est la « bonne manière » d'élever un enfant et sur leurs responsabilités, ils sont inconsciemment amenés à se poser des questions au point que peuvent naître des sentiments de culpabilité, du stress et, parfois, de l'épuisement.

Existe-t-il un profil de parents plus exposés à ce type de burn-out ? 

La pression ressentie est plus forte chez l'individu selon son histoire de vie (plus on veut compenser son enfance malheureuse ou faire aussi bien que ses parents, par exemple, plus on prête de l'importance aux pressions externes...), son niveau d'éducation, sa personnalité (les personnes anxieuses, par exemple, sont plus affectées)... La pression est aussi dépendante du contexte. Il est plus facile d'être un « bon parent » quand son enfant est d'un tempérament calme ou qu'on n'a pas à se préoccuper financièrement de ses fins de mois ! De ce fait, certaines familles monoparentales présentent plus de risques dans la mesure où elles sont plus exposées au stress, à la solitude et à la fatigue. Etre parent est un événement heureux et parfois difficile. Un paradoxe auquel ceux-ci ne sont pas spécialement préparés. Il est donc primordial de pouvoir trouver un équilibre de vie : notre identité parentale ne doit pas empiéter sur notre identité professionnelle, conjugale, individuelle ou sociale. Si c'est le cas, le stress peut devenir intense et chronique et le parent peut finir par développer un burn-out parental.

Quels en sont les symptômes ?

Selon Isabelle Roskam, ce sont l'épuisement émotionnel et/ou physique, la distanciation affective avec les enfants (le parent a le sentiment d'agir comme un robot) et la perte d'efficacité ou d'épanouissement parental. Le parent en burn-out devient très irritable, stressé et tout le temps fatigué. Il peut en arriver à se défouler sur son conjoint, fuir ses enfants, se réfugier dans l'alcool ou d'autres dépendances, mais surtout devenir négligent voire violent avec son ou ses enfants. Toutes sortes de comportements qui doivent alerter l'entourage. Certains parents en viennent même à regretter l'existence de leur progéniture...

Comment un parent surmené doit-il réagir à l'égard de ses enfants ?

La première des choses à faire est de tenter de sortir de l'isolement. Les parents en souffrance doivent prendre conscience qu'ils sont nombreux à vivre les mêmes difficultés. Ils doivent pouvoir en parler autour d'eux sans culpabiliser ni se sentir jugés. Pour cela, la population entière doit être sensibilisée. Ensuite, c'est la responsabilité du parent de demander de l'aide avant que la situation ne s'aggrave. De nombreux services peuvent prêter une écoute attentive. De plus en plus de thérapeutes proposent du « soutien à la parentalité » et des thérapies familiales. Il est possible d'entamer un suivi psychologique à moindre coût dans les services de santé mentale, les centres de guidance, etc. Les services d'aide à l'enfance peuvent aussi donner des conseils. Ils savent en effet que, pour prendre soin des enfants, il faut prendre soin des parents. Je pense par exemple à l'ONE ou aux centres PMS. Le lieu de rencontre enfant-parent peut aussi aider à sortir la famille de l'isolement et les écoles de devoirs, à accompagner et soulager les familles. Faire garder les enfants et prendre du temps pour soi est indispensable pour anticiper ou sortir d'un épuisement parental. Il ne faut pas avoir peur également de parler et d'expliquer ses difficultés, avec des mots simples et brefs, à l'enfant. Celui-ci a besoin des mots qui expliquent ce qu'il observe et ressent, en l'occurrence son parent en souffrance. En n, et surtout, j'invite les parents à lâcher prise quant aux mille et une recommandations qu'ils reçoivent sur la parentalité. Mon mot d'ordre en tant que maman est de m'écouter avant tout et d'accepter de faire des erreurs.

Par Philippe Fievet - Paris Match en collaboration avec les mutualités Solidaris - Parution 26/10/2017.